On rentre d’un road trip en Andalousie, et trois mois plus tard, une lettre de la DGT atterrit dans la boîte aux lettres. Multa de 200 euros pour un radar de tronçon sur l’A-7. Ce scénario touche de plus en plus de conducteurs français, parce que le système espagnol de recouvrement des amendes a changé de dimension depuis 2025.
Comment la DGT identifie les plaques françaises après une infraction
La Dirección General de Tráfico ne se limite plus aux radars classiques. En 2026, 33 nouveaux radars ont été mis en service, dont 20 fixes et 13 radars de tramo (contrôle de vitesse moyenne), répartis dans 11 communautés autonomes : Andalousie, Aragón, Asturies, Canaries, Cantabrie, Castille-La Manche, Castille-et-León, Madrid, Communauté valencienne, Galice et Murcie.
Le processus d’identification repose sur la détection automatique des plaques étrangères par caméras. Le système classe les véhicules par pays d’immatriculation, puis interroge la plateforme Eucaris pour récupérer les données du titulaire de la carte grise au niveau européen. Pour les infractions graves, la DGT accède directement aux bases de données des pays de l’UE.
En complément, des bases de données privées internationales permettent de retrouver les adresses postales des conducteurs non-résidents. Le résultat concret : le taux de recouvrement en phase volontaire a dépassé 31 % en 2025 pour les conducteurs étrangers, sans même recourir à la phase d’exécution forcée. On n’est plus du tout dans la situation d’il y a quelques années où ignorer une multa espagnole restait sans conséquence.

Multas DGT et délais de paiement : la réduction de 50 % en pratique
Quand la notification arrive (par courrier ou via l’agence de location si on roulait en voiture louée), un détail change tout : payer dans les 20 jours réduit l’amende de moitié. Ce délai court à partir de la date de notification, pas de la date de l’infraction.
En location, le mécanisme se complique. L’agence reçoit l’amende en tant que propriétaire du véhicule, identifie le conducteur via le contrat de location, puis transmet l’avis. Ce relais prend souvent deux à six mois. L’agence facture en plus des frais de dossier, généralement entre 30 et 60 euros par amende.
Piège fréquent avec les véhicules de location
Le délai de 20 jours pour la réduction démarre à la notification initiale envoyée à l’agence, pas au moment où le conducteur en prend connaissance. Quand on reçoit le courrier transféré par le loueur, la fenêtre de réduction est parfois déjà fermée. La seule parade : vérifier son contrat de location pour les clauses relatives aux amendes avant de rendre le véhicule, et surveiller ses relevés bancaires dans les semaines qui suivent.
Zones à faibles émissions en Espagne : amendes ZBE pour les plaques françaises
Madrid et Barcelone exploitent des zones à faibles émissions (ZBE) avec des caméras ANPR qui lisent les plaques en continu. Un véhicule français qui entre dans une ZBE sans respecter les critères d’émission reçoit une amende automatique.
Le problème terrain : les vignettes environnementales espagnoles (étiquettes de la DGT) ne sont pas délivrées pour les véhicules immatriculés à l’étranger. Il faut parfois effectuer une démarche préalable auprès de la municipalité concernée pour obtenir une autorisation temporaire. Barcelone a envoyé plus de 15 000 notifications de multas à des conducteurs étrangers rien que sur la période récente documentée.
- Madrid Central (devenu Madrid 360) : restriction permanente pour les véhicules les plus polluants, contrôle par caméra, amende automatique sans arrêt physique du véhicule.
- ZBE de Barcelone : périmètre élargi, applicable du lundi au vendredi, avec des exceptions limitées pour les véhicules étrangers en transit.
- Autres villes (Valence, Séville) : déploiement en cours avec des règles locales qui varient, les retours sont encore fragmentaires sur l’application aux plaques étrangères.

Contester une multa DGT depuis la France : procédure et limites
On peut contester, mais le recours suspend automatiquement la réduction de 50 %. Si la contestation échoue, on paie le montant plein. C’est un calcul à poser avant de se lancer.
La procédure exige un recours rédigé en espagnol, accompagné de justificatifs. Les motifs recevables sont limités :
- Erreur d’identification du véhicule (mauvaise lecture de plaque documentée par photo).
- Défaut de signalisation sur la route au moment de l’infraction.
- Vice de procédure dans la notification (délai de prescription dépassé, absence de notification conforme).
- Preuve que le véhicule avait été vendu ou volé avant la date de l’infraction.
Un argument du type « je ne connaissais pas la limitation » ou « le GPS indiquait une autre vitesse » n’a aucune valeur juridique devant l’administration espagnole.
Pas de retrait de points en France, mais des conséquences réelles
Une infraction commise en Espagne n’entraîne pas de retrait de points sur le permis français. Les systèmes de points ne sont pas interconnectés entre les deux pays. En revanche, la DGT peut prononcer une interdiction temporaire de conduire sur le territoire espagnol pour les infractions graves, et le non-paiement peut donner lieu à des procédures de recouvrement transfrontalières.
Radars de tramo en Espagne : pourquoi ils piègent davantage les conducteurs français
Les radars de tramo calculent la vitesse moyenne sur un tronçon, parfois long de plusieurs kilomètres. Freiner devant un point fixe ne sert à rien : c’est la moyenne entre deux points de contrôle qui compte. La DGT a déployé 13 nouveaux dispositifs de ce type en 2026, ciblant particulièrement les routes conventionnelles où les accidents sont les plus fréquents.
Pour un conducteur français habitué aux radars fixes ou mobiles, le réflexe de ralentir au dernier moment ne fonctionne pas. La seule méthode fiable reste de maintenir une vitesse conforme sur l’ensemble du tronçon. Les applications GPS type Waze signalent certains tramos, mais pas tous, et les emplacements évoluent régulièrement.
Le plan global de la DGT prévoit 122 nouveaux points de contrôle de vitesse sur la période 2025-2026. Les routes secondaires, souvent empruntées par les touristes pour rejoindre la côte ou l’arrière-pays, sont particulièrement visées.
Le réflexe à garder avant chaque trajet en Espagne : consulter la liste officielle des équipements de surveillance sur le site dgt.es, rubrique « equipos y tramos de vigilancia ». Cette page est en espagnol, mais les localisations sont identifiables sur carte sans maîtriser la langue.

